Edito N° 122 // Mai 2022

Le syndrome de l’intestin irritable (SII) est un trouble gastro-intestinal fonctionnel bénin qui constitue un motif fréquent de consultation générale et spécialisée. Il s’agit d’une affection chronique d’étiopathogénie complexe qui touche surtout la population adulte jeune avec une nette prédominance féminine.

Le spectre clinique est multiple et les symptômes sont variés, marqués essentiellement par des douleurs abdominales chroniques et récurrentes, associées à une modification de la fréquence et/ou de la forme des selles. Le diagnostic positif est clinique, basé sur des critères ROME IV récemment mis à jour. L’examen physique complet est systématique, permettant à la fois de rassurer le malade et d’écarter une affection organique.

Actuellement, il n’existe malheureusement pas de biomarqueurs valides pour poser le diagnostic du SII. On peut tout de même avoir recours à la réalisation d’un bilan biologique minimal afin d’écarter certains diagnostics différentiels. L’iléo-coloscopie s’impose devant la présence des signes d’alarme indépendamment de l’âge, ainsi que chez les sujets âgés ayant plus de 50 ans afin d’éliminer un cancer colorectal.

En dépit de sa bénignité, le SII peut retentir et influencer gravement la qualité de vie. Aucune thérapie n’est pour le moment spécifique. La prise en charge est multifactorielle, reposant sur plusieurs cibles thérapeutiques : l’éducation du patient, l’hygiène de vie ainsi que le traitement pharmacologique. Les antispasmodiques, les régulateurs du transit représentent le traitement de première ligne. Les antidépresseurs et les probiotiques sont devenus de prescription courante. Les nouvelles molécules sont de mise actuellement avec un profil de tolérance satisfaisant. La thérapie comportementale et les méthodes de relaxation peuvent être utiles. La transplantation du microbiote fécale demeure une perspective d’avenir pour le traitement d’un SII réfractaire avec une composante diarrhéique prédominante.

Le SII était longtemps considéré comme un diagnostic d’exclusion entrainant de multiples examens paracliniques inutiles et privant les malades, qui souffrent réellement, de leur droit en un diagnostic précis et donc une prise en charge adéquate. Grace aux progrès scientifique et la compréhension de la physiopathologie, plusieurs alternatives ont enrichi l’arsenal thérapeutique et par conséquence ont permis d’améliorer la qualité de vie en diminuant les symptômes handicapants.

 

Pr I. Mellouki

Chef du service d’hépato-gastroentérologie

CHU Tanger – Tanger

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