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Aspirine et cancer Une vieille molécule, un nouveau mécanisme ! // N° 162

 

On le sait ! Depuis plusieurs décennies, l’association entre prise d’aspirine et réduction du risque de cancer, notamment digestif, est rapportée dans plusieurs études. Ce que l’on sait moins, c’est par quel mécanisme ?

Aujourd’hui, des travaux récents menés par une équipe de chercheurs de l’Université de Cambridge (Royaume-Uni) ont montré que l’aspirine exerce un effet antitumoral en inhibant l’activation plaquettaire, ce qui restaure l’activité cytotoxique des lymphocytes T contre les cellules tumorales.

Ce mécanisme implique la voie du thromboxane A2 (TXA2) produit par les plaquettes, qui active la protéine ARHGEF1 dans les lymphocytes T et limite leur capacité à éliminer les cellules cancéreuses. L’aspirine, en bloquant la synthèse du TXA2, empêche cette inhibition immunitaire. Chez l’animal, l’administration d’un analogue du TXA2 augmente le risque métastatique, tandis que l’aspirine réduit significativement la formation de métastases, à condition que l’intégrité d’ARHGEF1 dans les lymphocytes T soit respectée.

Ces données établissent pour la première fois un lien direct entre les effets pharmacologiques connus de l’aspirine à faible dose et la modulation de l’immunosurveillance tumorale. Elles suggèrent que les tumeurs immunogènes pourraient être particulièrement sensibles à cet effet. En cohérence, des essais cliniques ont montré un bénéfice de l’aspirine dans les cancers caractérisés par un déficit du système de réparation des mésappariements, notamment chez les patients atteints du syndrome de Lynch. De plus, des études observationnelles ont mis en évidence une amélioration de la survie chez les patients atteints de cancer colorectal traités par aspirine lorsque la tumeur exprimait les molécules HLA de classe I.

Les résultats récents de l’essai ALASSCA indiquent également que certains profils génétiques tumoraux, notamment les mutations de la voie PI3K, pourraient prédire une réponse favorable à l’aspirine en situation adjuvante après chirurgie du cancer colorectal. Ces travaux ouvrent la voie à une sélection plus fine des patients susceptibles de bénéficier d’une stratégie préventive ou adjuvante par aspirine.

Toutefois, les auteurs soulignent la nécessité de poursuivre les recherches afin de mieux caractériser les interactions entre activation plaquettaire et prévention du cancer. En pratique, l’utilisation de l’aspirine dans ce contexte doit rester prudente en raison du risque hémorragique, et ne peut être envisagée sans évaluation médicale individuelle.

 

Medscape du 15 janvier 2026.

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