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Edito // N°164

 

Selon l’OMS, l’inobservance ou la non-adhésion thérapeutique touche près de 50 % des patients atteints de pathologies chroniques.

En tant que cliniciens, nous avons longtemps perçu cette inobservance comme une défaillance de la volonté du patient ou, pire, comme une marque de désintérêt. Cette vision binaire, opposant le patient « observant » au « non-observant », s’efface aujourd’hui au profit d’une analyse plus nuancée. L’observance n’est plus un état statique, mais un processus dynamique influencé par des facteurs socio-économiques, des barrières psychologiques et, surtout, par la qualité de la communication médicale.

Dans les pathologies à forte prévalence comme l’hypertension artérielle et le diabète, une adhésion insuffisante conduit à une perte de contrôle tensionnel ou glycémique, exposant directement aux complications cardiovasculaires et rénales. Le défi est tout aussi critique en post-infarctus. Si la phase aiguë mobilise généralement une observance sans faille, le relâchement thérapeutique à moyen terme, notamment concernant les antiagrégants et les statines, compromet la prévention secondaire pourtant bien établie.

La problématique est encore plus complexe en psychiatrie. Dans les troubles bipolaires ou la schizophrénie, les troubles cognitifs, les effets indésirables des antipsychotiques, la stigmatisation ou encore le défaut d’insight constituent autant de facteurs qui exposent à des ruptures de traitement aux conséquences délétères : rechutes fréquentes, hospitalisations répétées et désinsertion psychosociale.

Face à ces enjeux, notre rôle de clinicien doit évoluer. L’amélioration de l’observance ne peut reposer sur la seule responsabilité du patient. Elle implique une approche globale : qualité de la relation médecin-patient, éducation thérapeutique, décision médicale partagée et simplification des schémas posologiques. L’observance est, avant tout, le reflet de la qualité de l’alliance thérapeutique.

Les outils numériques d’aide à la prise médicamenteuse et de suivi constituent également des leviers prometteurs. Enfin, l’adhésion thérapeutique doit désormais être considérée comme un critère d’évaluation à part entière de nos pratiques.

En définitive, l’excellence médicale ne se mesure plus uniquement à la pertinence de l’ordonnance, mais à notre capacité à garantir que celle-ci soit comprise, acceptée et, in fine, appliquée.

 

Dr Salima EL AMRANI JOUTEY

Directrice de la publication et de la rédaction

Revue de Médecine Pratique

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