Edito N° 64 // Fév 2017

Le monde fait actuellement face à des perturbations majeures sur le plan économique, démographique, social, écologique… Cette situation est à l’origine de l’apparition de crises sanitaires majeures, marquée par l’émergence ou la réémergence de nouvelles maladies. Si les médias sont beaucoup plus intéressés par la transmission de nouveaux agents infectieux aux populations humaines et animales tels que la grippe aviaire, le coronavirus, l’Ebola et le Zika, les maladies non infectieuses comme l’obésité, le diabète et l’hypertension font beaucoup plus de victimes dans une quasi-indifférence des médias de masse.

En effet, depuis plusieurs décennies déjà, la prévalence de l’obésité a connu une flambée sans précédent. L’obésité concerne aujourd’hui la quasi-totalité de la planète, y compris de nombreux pays émergents : selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 35 % des adultes dans le monde sont atteints d’obésité ou de surpoids. Parmi les principales complications associées à l’obésité, le diabète touche plus de 422 millions d’adultes à travers le monde avec une prévalence de plus de 8,5 %. Il serait également à l’origine de plus de 2,2 millions de décès dont la moitié survient avant 70 ans. Une étude prédictive de l’évolution de l’épidémie du diabète de type 2 dans le monde au cours du premier quart du XXIe siècle, a permis de dresser une courbe inflationniste du nombre de diabétiques qui passera de 135 millions en 1995 à 300 millions en 2025. Les pays les plus touchés seront l’Inde, la Chine et les États-Unis. Le diabète va surtout augmenter au sein des populations des pays en développement qui compteront alors plus de 75 % de ces personnes vivant avec le diabète.

Au Maroc, pays en pleine transition épidémiologique, la prévalence du diabète est difficilement mesurable, elle varie de 8 à 15 % selon les études. Cependant, il est admis que le nombre de personnes diabétiques dans notre pays ne fera qu’augmenter. Les raisons de cette augmentation sont  principalement le vieillissement de la population, l’augmentation du niveau de vie, les changements des habitudes alimentaires et la sédentarité. Cette situation alarmante nous permet de prévoir une explosion des maladies cardiovasculaires, neurologiques, rénales et ophtalmologiques durant les années à venir. En plus des conséquences sanitaires, les conséquences économiques et sociales seront énormes. En effet, la transition épidémiologique dans les pays développés est survenue plusieurs années après l’émergence économique de ces pays. Cela leur avait permis de mettre en place des systèmes de santé et de prévoyance sociale efficaces pour la gestion de l’émergence des maladies chroniques. Malheureusement, ce n’est pas le cas de l’ensemble des pays émergents tel que le Maroc. Cette transition est arrivée trop vite. Notre système de santé n’est pas encore assez mature pour pouvoir résister à l’explosion des charges dues à la prise en charge de maladies chroniques telles que l’insuffisance rénale, la cécité et les maladies cardiovasculaires. Il est alors primordial d’agir en amont pour freiner l’augmentation du diabète dans notre population par des mesures d’éducation et des campagnes de prévention. Mais également par une prise en charge rapide et efficace des cas de diabète afin de stopper ou au moins retarder l’apparition des complications.

Pr Fatima El BOUKHRISSI

Service de Biochimie-Toxicologie // Hôpital militaire Moulay Ismail – Meknès

 

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