Edito N° 67 // Mai 2017

Le jeûne du Ramadan est un des cinq piliers de la religion musulmane. Il est obligatoire pour les personnes adultes et en bonne santé. Les patients, les femmes enceintes, les voyageurs les personnes âgées bénéficient de l’exemption de jeuner pendant le mois du Ramadan s’ils se sentent dans l’incapacité de jeûner ou si le jeûne présente un risque pour leur santé. Cependant, à cause de la religiosité des marocains, la majorité de ces personnes décident d’observer le jeûne du Ramadan, souvent contre l’avis de leur médecin.

Il est bien démontré que les patients atteints de maladies chroniques comme le diabète, les maladies cardiovasculaires, les insuffisances rénales et les troubles gastroduodénaux peuvent s’exposer à des complications médicales quand ils pratiquent le jeûne du Ramadan. Par exemple, un grand nombre de patients atteints de diabète, et qui observent le jeûne, s’expose à un risque d’hypoglycémie sévère, d’hyperglycémie, d’acidocétose, de déshydratation, de thrombose, ou d’occlusion de l’artère rétinienne. Le manque d’éducation et l’insuffisance des soins de santé entraînent des conséquences néfastes sur la santé [1,2]. La question qui se pose : c’est quelle éducation proposer à un patient qui déclare vouloir respecter ses croyances religieuses au détriment de sa santé ?

Il est connu que les croyances religieuses et culturelles se traduisent par de nombreuses croyances et pratiques en matière de soins de santé, qui sont significativement différentes d’une culture à l’autre. Le médecin se trouve actuellement devant le défi de comprendre le système de croyances religieuses de la population afin de répondre efficacement aux besoins en soins de santé de ses patients.

Une étude sociologique sur les valeurs et les pratiques religieuses au Maroc publié en 2013 [3], a montré que même si la religiosité semble gagner en ferveur et en intensité chez les Marocains, elle n’occupe plus qu’une place limitée dans la vie quotidienne des Marocains et ne se déploie que dans un espace et un temps bien délimités. Une tendance à la rationalisation de la pratique religieuse et une tendance à l’individuation l’emportent largement sur l’adhésion aux pratiques communautaires héritées.

Ceci laisse entrevoir la possibilité de l’introduction de programme d’éducation qui focalise non seulement sur la nature des soins de santé à fournir aux patients jeuneurs pendant le Ramadan, mais aussi sur la remise en question de certaines conceptions non rationnelles du rapport au religieux dans le domaine de la santé. Des études interdisciplinaires prenant en considération l’aspect culturel, peuvent contribuer à des recommandations sur les meilleures pratiques destinées aux médecins et aux patients.

 

Pr Rachida ROKY
Laboratoire de Physiopathologies, génétique moléculaire et biotechnologies
Faculté des Sciences Ain Chock – Casablanca

 

Références

[1] McEwen LN, Ibrahim M, Ali NM et al. Impact of an individualized type 2 diabetes education program on clinical outcomes during Ramadan. BMJ Open Diabetes Res Care 2015;3:e000111.

[2] Hassan A, Meo SA, Usmani AM, Shaikh TJ.  Diabetes during Ramadan – PRE-approach model: presentation, risk stratification, education. Eur Rev Med Pharmacol Sci 2014;18:1798-805.

[3] El Ayadi M, Rachik H, Tozy M. L’Islam au quotidien. Enquête sur les valeurs et les pratiques religieuses au Maroc. Edition la croisée des chemins 2013.

Chargement...