Edito // N°163
Ces dernières années, le champ de la santé est marqué par une accélération sans précédent de la transition numérique, portée notamment par les progrès rapides de l’intelligence artificielle (IA). Le déploiement des dossiers médicaux électroniques, de la télémédecine, des systèmes d’imagerie assistée, de la robotique médicale et des objets connectés reconfigure en profondeur l’organisation des soins, les modalités de la pratique clinique et la relation patient-médecin. L’intégration de l’IA ouvre des perspectives majeures en matière d’aide au diagnostic, d’optimisation des parcours de soins et de personnalisation des prises en charge, tout en favorisant l’émergence d’une médecine plus prédictive et préventive.
Cette transformation s’accompagne toutefois d’enjeux structurants d’ordre éthique, juridique et organisationnel. La protection des données de santé, la responsabilité liée aux dispositifs algorithmiques, l’encadrement réglementaire, ainsi que les risques de renforcement des inégalités d’accès aux soins constituent des défis centraux. Parallèlement, l’accès élargi à l’information et aux outils numériques contribue à faire du patient un acteur plus engagé de sa santé, tandis que les professionnels sont appelés à adapter leurs compétences, à redéfinir leurs pratiques et à préserver la dimension humaine du soin dans un environnement de plus en plus technologisé. La transformation numérique de la médecine ne peut produire pleinement ses bénéfices que si elle s’inscrit dans une démarche rigoureusement encadrée, humaniste et inclusive, où la technologie demeure un instrument au service du soin.
C’est dans ce cadre que s’inscrit mon nouvel ouvrage, premier du genre au Maroc, consacré à l’analyse de l’impact du numérique et de l’intelligence artificielle sur la médecine dans ses dimensions cliniques, organisationnelles, éthiques et sociétales. Il propose une réflexion structurée autour de questions majeures relatives à la place du jugement médical face aux algorithmes, à la formation des futurs praticiens, aux régimes de responsabilité en cas d’erreur, à l’évolution de la relation de confiance et à la réduction des inégalités, afin de contribuer à l’élaboration d’une médecine à la fois performante, responsable et profondément humaine.
Pr Amal BOURQUIA,
Néphrologue, Secteur libéral – Casablanca
Experte en éthique et communication médicales.
