eJournées Européennes de la Société Française de Cardiologie Le Best of présenté par 2 experts Maghrébins ! //N°109

 

 

En raison de la crise sanitaire liée à la pandémie Covid-19, les 31es Journées Européennes de la Société Française de Cardiologie (SFC), qui ont eu lieu du 15 au 17 janvier dernier à Paris, se sont déroulées en format 100 % digital. C’est pourquoi les Laboratoires Sanofi Maroc ont convié 2 cardiologues Maghrébins de renom, l’un Marocain, Pr Mohamed Alami, et l’autre Tunisien, Pr Faouzi Addad, pour suivre les différentes sessions de ce eCongrès et nous en réaliser un Best of.

Ce Best of a fait l’objet d’un webinar le 22 janvier dernier, il a été modéré par Pr Aicha Aouad, Présidente de la Société Marocaine de Cardiologie, et animé bien entendu par nos 2 illustres experts.

Pr Alami a choisi dans un premier temps de nous parler de l’athérosclérose et du rôle de l’inflammation dans cette pathologie, grâce à 2 études CANTOS et LILACS. Dans la première étude, utilisant le canakinumab (anticorps monoclonal dirigé contre l’interleukine 1-bêta), l’incidence des événements cardiovasculaires a été réduite significativement, sans que l’on ait agi sur les lipides, mais uniquement en « bloquant l’IL1 et par là l’inflammation ». De plus, il a été démontré que la CRP ultrasensible pouvait être un élément clé dans la prédiction du risque cardiovasculaire (RCV). Ainsi les personnes qui ont diminué leur CRP us à moins de 2, avaient moins d’événements CV que celles qui ont gardé une CRP us >2. La seconde étude LILACS, toujours en cours, utilise quant à elle un bloqueur de l’IL2, l’aldesleukine. Les premiers résultats ont également montré la capacité de cette molécule à freiner l’athérosclérose par le biais de l’inflammation. D’après Pr Alami, ce sont 2 études à retenir pour l’avenir.

Pr Alami s’est ensuite penché sur différentes études de cardiologie générale (les plus récentes et/ou toujours en cours) dont les résultats et conclusion lui ont semblé pertinents. La rédaction en a sélectionné 2 pour vous les faire partager : l’étude SONAR et l’étude EAST-AFNET. Selon notre expert marocain, l’étude SONAR qui utilise l’atrasentan (inhibiteur spécifique des récepteurs de l’endothéline), est également prometteuse dans l’hypertension artérielle (HTA) résistante. Pour lui, il n’est pas improbable de voir dans les mois ou années à venir l’utilisation des antagonistes sélectifs du récepteur de l’endothéline dans les HTA résistantes. Concernant l’étude EAST-AFNET (Early Treatment of Atrial Fibrillation for Stroke Prevention Trial), son objectif était de montrer si une stratégie précoce de contrôle du rythme, utilisant les antiarythmiques ou l’ablation de FA, permettait d’améliorer le pronostic. Il en ressort que « si vous avez une FA de moins d’un an avec un score CHA2DS2VASc supérieur à 2, il y a intérêt à réaliser l’ablation de la FA (différence significative), cela réduit les évènements CV pendant le suivi ».

Pour terminer, Pr Alami a partagé avec nous un domaine qui le passionne. Il s’agit de l’intelligence artificielle (IA) et du diagnostic informatisé. Il nous a décrit l’apport du « machine learning » qui est une technologie d’intelligence artificielle permettant aux ordinateurs d’apprendre et de s’entrainer à partir de milliers données introduites par les spécialistes, pour effectuer un diagnostic le plus précis possible. C’est ainsi qu’aujourd’hui dans le domaine de la cardiologie, une équipe britannique a constitué une base de données de 5000 IRM cardiaques avec leur diagnostic, ce qui a permis d’établir un algorithme informatisé pour que l’IRM intelligente puisse poser des diagnostics fiables à 95 %.

Quant à notre expert tunisien, Pr Faouzi Addad, s’il est revenu sur le rôle majeur de l’inflammation dans l’athérosclérose, c’est pour préciser que le risque de maladie CV y est multiplié par 10 en cas d’hypercholestérolémie, d’augmentation du taux de l’IL6 ou d’augmentation du taux de CRP. Dorénavant, il faudra tenir compte de l’immunothérapie anti-inflammatoire en cardiologie.

Pour ce qui est des maladies coronaires chez les diabétiques, les guidelines insistent aujourd’hui sur le haut risque du score calcique comme pouvant être un élément déterminant dans la stratification du risque chez le diabétique. En effet, environ 20 % de patients diabétiques ont un score calcique >400 (quasiment des coronariens avérés) et 18 % un score supérieur à 100. Par ailleurs, il a été montré dans des études avec un suivi à 15 ans, qu’un diabétique avec un score calcique à 400 a 40 % de risque de mortalité à 15 ans. Pour Pr Addad, c’est un sous-groupe qui va être extrêmement intéressant à étudier et à dépister pour améliorer son pronostic.

Par rapport à la prescription de 100 mg d’aspirine en routine chez le diabétique, elle n’est plus de mise car la balance bénéfice/risque n’est pas en faveur de l’utilisation de l’aspirine en routine (risque de maladie thrombotique diminué de 12 % au prix d’une augmentation de 29 % du risque hémorragique). Toutefois, dans une étude publiée récemment sur Circulation 2020 (The MESA Study), il s’est avéré que pour les patients qui ont un score calcique au-delà de 100 et de 400 surtout, la balance bénéfice/risque est positive. Le score calcique semble être -ici aussi- une piste intéressante pour identifier les patients qui pourraient bénéficier de l’aspirine en routine.

Plusieurs autres thèmes importants ont été abordés par Pr Addad. Il s’agit de : l’imagerie et de la maladie coronaire ; la prise en charge en 2021 des dyslipidémies ; les anticoagulants oraux directs ; du TAVI (Voir Rev Med Prat 2021;108:10) ; et de la gestion des anticoagulants et des antiagrégants plaquettaires dans la Covid-19.

Dans les lignes qui suivent, nous parlerons des 2 premiers thèmes, juste pour vous rapporter les éléments essentiels à retenir. En matière d’imagerie cardiaque, 2 techniques prennent actuellement une place prépondérante dans les Guidelines. Ce sont le coroscanner (CT-scan) avec le scanner de perfusion, et l’IRM cardiaque de stress. Selon Pr Addad, les prochaines années seront sans nul doute celles de l’explosion de l’utilisation de l’imagerie non-invasive coronaire. Avis donc aux jeunes qui souhaitent s’investir dans l’imagerie cardiaque !

Pour finir, un mot pour souligner la place grandissante de l’ézétimibe et des anti-PCSK9 (alirocumab et évolocumab) dans le traitement de l’hypercholestérolémie.

 

Webinar « Best Of des eJournées Européennes de la Société Française de Cardiologie », organisé par les Laboratoires Sanofi, le 22 janvier 2021.

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