Hypothyroïdie
fruste sans facteurs de risque Faut-il traiter ? // N° 84

 

 

Selon la HAS, 1,9 % des hommes et 3,3 % des femmes en France présentent une hypothyroïdie fruste, caractérisée par une TSH modérément augmentée (>4,5 et <10 mUI/L) avec des taux normaux d’hormones thyroïdiennes circulantes.

La découverte d’une telle hypothyroïdie fruste est souvent suivie d’une prescription de lévothyroxine, malgré l’absence de recommandation officielle en ce sens.

La recommandation d’abstention thérapeutique est-elle justifiée ? Ou, au contraire, la prise d’hormones thyroïdiennes améliore-t-elle la qualité de vie ?

Afin d’en savoir plus, des chercheurs suisses ont effectué une méta-analyse et une revue systématique des essais cliniques randomisés, dont deux très récents, comparant les effets de la prise de lévothyroxine (ou de thyroxine) à un placebo ou à une abstention thérapeutique chez des adultes en hypothyroïdie fruste. Ils ont ainsi sélectionné les essais cliniques les plus rigoureux, comportant un risque modéré de biais, parmi 3086 études publiées sur l’hypothyroïdie infraclinique.

La bonne qualité globale des 21 études répondant aux critères d’inclusion a permis d’étudier précisément l’impact de l’hormonothérapie ou d’un placebo (ou d’une absence de traitement, pour 3 études sur 21) sur la qualité de vie en général (critère principal de cette étude). Des paramètres cliniques et leurs variations ont pu aussi être évalués (critères secondaires) : la force musculaire, la tension artérielle, l’indice de masse corporelle, les symptômes dépressifs, la fatigue, les fonctions cognitives, les événements cardiovasculaires et la mortalité. Ces 21 études ont inclus au total 2192 hommes et femmes (non enceintes), âgés de 32 à 74 ans et présentant des taux moyens de TSH compris entre 4,4 et 12,8 mIU/l.

Les résultats de ce travail, publiés dans le JAMA, ne montrent pas d’impact positif sur la qualité de vie et les symptômes ressentis. Les auteurs estiment donc, au diapason de la HAS et de l’ANSM, qu’en cas d’hypothyroïdie fruste sans facteur de risque un tel traitement n’est pas nécessaire.

En revanche, l’hypothyroïdie fruste augmente « le risque d’hématome rétro-placentaire, de prématurité et de détresse respiratoire néonatale chez la femme enceinte », précise la HAS. C’est pourquoi dans ce cas particulier, le traitement peut être justifié lorsque la TSH est supérieure à 4 mUI/l, avec un objectif thérapeutique de moins de 2,5 mUI/l. Un taux de TSH >3 mUI/l doit faire renforcer la surveillance avec un contrôle tous les mois et un dosage des anticorps antithyroperoxydase (anti-TPO) et de la T4 libre.

La HAS, au diapason des résultats de cette étude, recommande donc l’administration de lévothyroxine uniquement en cas de TSH supérieure à 10 ou d’anticorps anti-TPO positifs avec des signes cliniques ou biologiques très évocateurs sur un terrain à haut risque cardiovasculaire.

 

JAMA 2018 ;320(13):1349-59.

Chargement...