Edito // N° 159
La corticothérapie, qu’elle soit topique ou systémique, constitue un pilier de la prise en charge dermatologique grâce à ses propriétés anti-inflammatoires, immunomodulatrices et antiprolifératives. Les dermocorticoïdes figurent parmi les traitements les plus utilisés, offrant une efficacité rapide et significative dans de nombreuses dermatoses inflammatoires chroniques telles que l’eczéma, le psoriasis ou le lichen plan. Leur maniement repose sur des règles précises tenant compte de la puissance, de la durée d’application et de la localisation des lésions, afin d’assurer un usage adapté et personnalisé.
La corticothérapie systémique conserve une place essentielle dans les formes sévères, étendues ou réfractaires, permettant de contrôler rapidement l’inflammation et de prévenir des complications. Son emploi expose toutefois à des effets indésirables métaboliques, infectieux et osseux, qui nécessitent un bilan pré-thérapeutique et un suivi attentif.
Ces traitements posent néanmoins plusieurs défis. Concernant les dermocorticoïdes, on observe d’une part un mésusage par excès, lié à des prescriptions inadaptées ou à l’automédication, responsable d’atrophie cutanée, de vergetures ou de dermatoses iatrogènes ; et d’autre part un mésusage par défaut, marqué par la corticophobie, entraînant une mauvaise observance et compromettant l’efficacité thérapeutique. Pour la corticothérapie orale, la variabilité des pratiques, notamment en médecine générale, souligne le besoin d’harmonisation et de formation continue.
Les 3 articles présentés dans ce dossier apportent un éclairage complémentaire. Le premier insiste sur les bonnes pratiques de prescription des dermocorticoïdes et sur la lutte contre la corticophobie. Le deuxième décrit la diversité et la gravité des effets indésirables cutanés et systémiques, rappelant l’importance d’une prévention et d’une surveillance adaptées. Le troisième analyse les connaissances et attitudes des médecins généralistes vis-à-vis de la corticothérapie orale, mettant en évidence la nécessité de recommandations claires et de mise à jour des compétences.
De fait, la corticothérapie en dermatologie doit s’inscrire dans une approche intégrée, centrée sur le patient, alliant efficacité, sécurité et accompagnement éducatif. Elle demeure un outil thérapeutique majeur, à condition d’être utilisée avec discernement et selon les bonnes pratiques.
Dr Rania BOUBDALLAOUI
Service de Dermatologie, Vénérologie et Allergologie
CHU Mohammed VI – Oujda
