Prix Nobel de Médecine 2018
Pour l’immunothérapie ! //N°83

 

 

L’Académie royale des sciences de Suède a décerné le prix Nobel de médecine au Pr James Allison, du département d’immunologie de l’université du Texas, et à Tasuku Honjo, de l’université de Kyoto, pour leurs travaux sur l’immunothérapie du cancer. Selon le jury de l’académie des sciences, « Allison et Honjo ont montré comment différentes stratégies d’inhibition des freins du système immunitaire pouvaient être utilisées dans le traitement du cancer ». Les 2 lauréats sont en effet à l’origine de la découverte des protéines Ctla-4 et PD-1, – dite voie des checkpoint -, et de leur développement clinique, qui apporte un bénéfice majeur pour le traitement de plusieurs types de cancers.

C’est dans les années 90 que leur aventure scientifique commence. Le Pr Allison s’interroge sur la faiblesse de la réaction du système immunitaire face aux cellules cancéreuses. Il se rend compte que si le système immunitaire est bien capable de reconnaître une tumeur maligne, quelque chose dans l’environnement tumoral inhibe sa réaction en déréglant le mécanisme d’activation des lymphocytes T. Il focalise alors son attention sur les protéines membranaires des lymphocytes T et particulièrement la CTLA-4 (pour antigène 4 des lymphocytes T cytotoxiques), qui agit comme un frein aux cellules T. Le chercheur a eu l’idée de cibler cette molécule dans un contexte tumoral. Il a développé un anticorps capable de se lier au Ctla-4 pour lever ce verrou de la réponse immunitaire antitumorale. Une première expérience a été menée à la fin de l’année 1994 sur les rongeurs. Et les résultats ont été spectaculaires avec guérison des souris. « Malgré le peu d’intérêt de l’industrie pharmaceutique, précise l’Institut Karolinka, Allison a poursuivi ses efforts intenses pour adapter la stratégie thérapeutique aux hommes ». Et, en 2010, une étude clinique a montré des effets positifs prometteurs chez des patients atteints de mélanome avancé.

Tasuku Honjo lui, a découvert, dans son université de Kyoto, la protéine PD-1 (Programmed cell Death 1), présent à la surface des lymphocyte T. Son ligand PD-L1, est exprimé par la tumeur. Le chercheur a mené de nombreuses expériences pour en comprendre le rôle, et a ainsi pu montrer que le PD-1, fonctionnait, à l’image du Ctla-4, comme un frein à la cellule T, mais avec un mécanisme différent. Dans les expériences sur les animaux, le blocage de PD-1 s’est également révélé une stratégie prometteuse dans la lutte contre le cancer. Cela a ouvert la voie à l’utilisation de PD-1 comme cible dans le traitement des patients. De premières études ont ensuite été réalisées chez l’homme et, en 2012, une étude clé a démontré l’efficacité de cette voie dans le traitement de patients atteints de différents types de cancer, avec l’obtention de rémission à long terme chez plusieurs patients atteints d’un cancer métastatique.

Si cette stratégie thérapeutique, appelée voie des inhibiteurs de chekpoint, porte de nombreux espoirs dans la rémission de nombreux cancers, de nombreuses questions restent cependant à résoudre, comme les effets secondaires qu’entrainent parfois ces traitements d’immunothérapie, à type de réactions cutanées, manifestations auto-immunes, … Et de comprendre pourquoi ils sont inefficaces dans certaines localisations telles que le cancer du pancréas ou du cerveau, et pourquoi des patients sont non répondeurs à cette thérapie.

 

Communiqué de l’Assemblée Nobel Institut Karolinska, 1er Octobre 2018.

Chargement...